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Cadran de montre en acier

Quand le design sublime la technique

À Besançon, berceau historique de l’horlogerie française, se joue un dialogue fascinant entre rigueur, technique et créativité. C’est au sein de l’école SupMicrotech, référence dans la formation des futurs ingénieurs de pointe en microtechniques, que ce dialogue prend forme.

Romain Jamault, enseignant à SupMicroTech, et Antonin, étudiant et président de l’association horlogère MuChrono, nous ouvrent les portes de ce monde de passionnés en nous dévoilant le lien ancestral entre design et technique.

Un brin d’histoire

MuChrono est une association qui a pour but de démocratiser l’horlogerie à des personnes plus ou moins initiées” nous raconte Antonin. De la visite de manufactures aux salons spécialisés, en passant par des travaux pratiques ou la réalisation de maquettes mécaniques, les étudiants plongent littéralement dans les rouages du monde horloger. Un lien emblématique pour cette école prestigieuse fondée au début du siècle dernier comme nous l’explique Romain, qui a rejoint l’école depuis plus d’une décennie : “Au départ, SupMicrotech a construit ses formations autour des besoins horlogers de la région. Dans les années 70, avec l’arrivée du quartz, elle a dû s'adapter et devenir pluridisciplinaire. Aujourd’hui, nous formons des ingénieurs capables de travailler aussi bien dans les secteurs de l’horlogerie, des industries techniques, de l’agroalimentaire, du médical, de la défense, de l’automobile et de l'aéronautique…”. Le lien commun : des  environnements qui demandent avant tout une forte exigence et un sens du détail incomparable.

L’intégration du design en microtechnique 

C’est un véritable dialogue qui s’opère avec le design. “L’école est certes aujourd’hui spécialisée dans l’aspect technique, mais l’objectif est aussi de montrer aux élèves qu’il peut y avoir de la beauté dans un objet” poursuit Romain, "nous avions autrefois une filière Microtechnique et Design qui visait à créer un vrai pont entre les deux mondes. C’est difficile car beaucoup de designers ont une approche artistique, là où l’industrie exige précision et contraintes. Mais cette tension est justement source d'innovation”.

Chez Beaubleu, cette conviction est partagée : le design n’est pas une simple enveloppe esthétique. Là où l’ingénierie structure, le design donne du sens. L’un et l’autre avancent ensemble, portés par une même exigence du détail.

C’est précisément à cet instant que s’opère le véritable dialogue entre ces deux disciplines. Pour Antonin, cette part de réflexion au sein de chaque projet est indispensable : “c’est cette idée de concevoir qui me plait et m’anime, celle de voir naître le produit qu’une équipe ou moi-même avons imaginé”. Pour lui, la conception d’une montre ne se limite pas à assembler des pièces : c’est une manière de donner vie à une idée. À travers la conception mécanique, il apprend que l’esthétique ne se décrète pas : elle émerge du raisonnement, de la justesse des proportions, de la durabilité du geste. “Il y a énormément de calculs en amont, ce qui nous permet aussi de reproduire ou de créer de nouvelles choses, mais surtout que ces choses soient viables sur le long terme” conclue-t-il.

L’ingénierie au service du design

Au-delà du design donc, la conception d’une montre s’articule autour de multiples facteurs techniques. L’idée n’est pas seulement de créer un produit, c’est aussi faire en sorte qu’il dure dans le temps tout en remplissant ses fonctions premières. Mais alors, qu’est-ce qu’une montre bien conçue ? Romain sourit : “LA question… Pour moi, c’est une montre pour laquelle tous les éléments sont issus d’un raisonnement et non pas d’une répétition de ce que nous savons déjà faire. C’est une montre où on retrouve son utilité première (affichage de l’heure) mais avec des solutions modernes justifiées par le calcul dont vient justement de parler Antonin, par le choix des matériaux…”. C’est donc la montre qui évolue avec son temps ! Pour Antonin, l’approche est un peu plus terre-à-terre : la montre se doit de respecter le cahier des charges, de remplir sa fonction première tout en intégrant la notion de durabilité. Une montre bien conçue, c’est donc celle qui englobe les aspects fonctionnels et durables, avec un brin de modernité et d’innovation.

Romain illustre parfaitement cette idée où l’ingénierie sert le design en nous partageant un exemple concret, à savoir lorsqu'une contrainte imposée par un designer a nécessité une réflexion technique du projet : “Nous avons effectivement déjà eu ce cas de figure. Je pense notamment à des demandes de transmissions de mouvement : traditionnellement dans un mouvement horloger nous retrouvons des roues dentées, et nous avons été challengés sur d’autres types de transmissions - qui sont d’ailleurs actuellement en développement pour alimenter des mouvement horlogers. C’est vraiment la force principale de nos élèves, celle de pouvoir innover dans ce domaine précis, parce qu'ils ne sont pas formés uniquement à l’horlogerie. Ils vont ainsi s’inspirer d’idées et concepts utilisés dans d’autres secteurs d’activités et qui sont complètement déconnectés de l’horlogerie de base pour les adapter et les utiliser afin de concevoir une montre”. Les microtechniques reflètent ainsi leur lot de réflexion et d’inspiration, un trait indispensable pour innover.

Créer la montre de demain

Les innovations émergent partout : dans le rythme d’une montre, dans la miniaturisation, les matières, les différentes technologies (mécanique, électronique)... Pour Romain, la montre de demain reste à créer et le futur de l’horlogerie réside dans une forme d’hybridation  : "Aujourd’hui nous avons des montres qui affichent l’heure en rond, en carré, en ligne droite, en courbe… Nous savons tout faire ! Nous voyons tellement de choses différentes et extrêmement esthétiques. Il y a d’un côté les passionnés d’horlogerie mécanique, et puis tous les autres qui courent tous les matins, surveillent leur sommeil… Et je ne peux pas imaginer qu’il n’existe pas un monde entre les deux. Ce qu’il manque, à mon sens, c’est de mixer ces technologies - soit ma définition personnelle du mot microtechnique ! - mais c’est ici le designer qui a cette folie complète d’apporter une véritable innovation”.

Antonin, lui, imagine une pluralité d'objets en mettant l’accent sur non pas UNE montre mais DES montres : mécanismes avec moins d’engrenages, nouveaux systèmes, fluides… Pour lui aussi la montre de demain se réinvente, et les différentes visions artistiques apportées par les designers sont indispensables  : la vision de la beauté est unique, personnelle, différente pour tous.

Le mot de la fin

Le lien entre ingénierie et design est une parfaite symbiose dans la création d’une montre. Ensemble, ils permettent de mieux concevoir, mieux assembler, mieux porter grâce à une vision commune : celle de la précision, d’un sens du détail et d’une maîtrise du temps. L’objectif est clair : concevoir des garde-temps durables pour accompagner chaque instant du quotidien.